22.11.2007

Messe pour le temps futur...

df3e51cae6a5e89d5e6676ad075bf391.jpg


pas l'artiste... pas le chorégraphe... pas le danseur... l'Homme... qui m'a fait aimer la danse est mort aujourd'hui.


e3f9f70dec8a445e0294aec2accdfe11.jpg

08.11.2007

Chicago

0cd63f202b4e3ce64caea792bdc1473c.jpg
(Private investigation, Daniel Authouard)


La fille brune en jupe rouge, assise sur le tabouret, accoudée au comptoir, c'est moi. Et toi, tu serais celui qui me regardes, le visage dérobé sous un feutre, me faisant exister dans l'oxygène du récit. Je ne te verrai pas puisque j'aurai le dos tourné, mais peu importe. Savoir tes yeux posés sur mes jambes, est plus important que de les voir.

Oublie. Oublie ça. Cela fait partie du jeu.

Tu regardes au-delà de la baie : la ville, la voie qui anime les âmes errantes comme les mots du livre. Et tu sais de quoi est fait le temps dans un lointain invisible. Tu observes les couples qui se défont et les ouvriers en bras de chemise, tu observes les mimiques et les tortillements de celui qui tourne d'un geste éteint ses pensées au fond de la tasse et tout se fait comme toujours. Nous sortirons et achèterons un coquillage. Plus tard, collé à l'oreille, j'entendrai le bruitage du souvenir.

Tu écoutes les rumeurs et n'en perds pas une miette. Moi, j'écoute ton silence.

Le tabouret est libre à côté de moi. Si je bouge, l'histoire commence. J'aurais préféré qu'il soit en moleskine. Si je reste immobile, l'histoire commence aussi. Pourtant, on dirait du hasard. J'aurais préféré être quelque part dans un tableau d'Edward Hopper. Un lieu, où la solitude n'a plus besoin d'être dépeinte. Sans doute me serais-je dirigée, en équilibre sur mes talons aiguilles, vers le juke-box. Clic-clac. Du blues, forcément : Harvest. L'arrière saison, à Chicago, y est plus mélancolique, le rythme plus sobre ; la lumière plus diffuse, qu'ici.

Il me faudrait reprendre un café pour prolonger l'attente. Rien ne bouge et pourtant tout va trop vite. Autour de nous, la foule s'entrechoque. Finalement, nous vivons quelque part dans la rumeur des autres. Leurs motifs nous animent et comme toujours, je me perds dans les détails des images qui se présentent à moi. Ces enchaînements, toi, bien sûr tu les comprends, tu sais que c'est ainsi que ça fonctionne, ce n'est pas linéaire dans ma tête, ce n'est pas un cercle non plus, c'est comme des petites bulles, des petites bulles de temps qui se volatilisent à l'instant même où je crois les avoir figées.

Et la nuit, lorsque les néons s'allumeront sur les rôdeurs de l'ombre, lorsque le corps prendra la cadence d'une partition blanche et noire, que le regard insistera, pressant et impudique, il me faudra perdre la mémoire pour retrouver en toile de fond la fille brune en jupe rouge à l'affût d'un murmure, dans ce café, là-bas. Was some black face in a lonely place.

Il me faudra t'oublier pour retrouver la promesse du touché sur mes jambes et dans la nuque. Si prés du coeur de la cible. La blessure de l'aile dans la nuque. Ce sera comme un arrêt brutal dans les ruelles aux créatures masquées et aux chambres obscures et je m'appliquerai à réduire encore, la portée de l'oeil vide. Pour que souffle sur la fille brune en jupe rouge le plein regard du tableau...

N'oublie pas. N'oublie pas ça.

06.11.2007

Remember that night

C’était un soir où saisies, abandonnées au vent, les branches du platane atteignaient presque l'étroite fenêtre et leurs ombres mouvantes dessinaient au plafond un oscillant entrelacs d'épées.

De la pièce à côté parvenait lancinante, en sourdine, la musique d’Echoes.

... Remember that night.

Toutes les notes