23.02.2008
Correspondance

Entre ce que je dis et tais, c'est à toi que je m'adresse.
Toujours dans cette immensité, je tais les mots que je ne saurais dire, jamais.
Entre ceux que je vis et tais, c'est à toi encore que je m'adresse et j'en oublie mes rêves défaits.
Au-delà de mes masques, au-delà de mes vérités, au-delà de mes murmures et de mes lettres d'amour, de ce qui m'échappe et reviens et ressasse, au-delà du ressac, c'est à toi que je m'adresse.
Entre le rêve et l'oublie, parce qu'il faut oublier pour rêver de toi, ma seule adresse, ma poésie, mon oui qui glisse, se coulisse et se dissipe et devient – peut-être – un jour, je t'écrirai.
Je t'écrirai comme on entend la pluie lorsqu'elle cogne sur la vitre, à l'angle de la rue où l'accident a lieu quand le hasard s'en mêle, parce qu'il faut du hasard avant que l'on comprenne qu'il n'y a pas de hasard et lorsque tu lira entre mes mots tes lignes que tu renversera les courbes et les fuites, j'émietterai la phrase sur les cinq continents, disperserai le verbe dans les cinq cent fenêtres de l'air tissé du temps.
Le jour n'en finit pas de s'en aller ailleurs, c'est toujours mieux qu'ici un regard qui se lève dans l'infini des rails.
Écoute-moi t'écrire quand je marche à l'envers dans un de tes sillages.
Quand je me perd et dévie. Écoute-moi t'écrire ce que je n'enverrai, ce que je dis à d'autres : les ombres des réponses à toutes les questions que tu n'as pas posées.
Entre ce que je pense et tais, entre ce qui s'écrit dans ma tête, la tête à hauteur du roulis (c'est comme si c'était fait), le réel disparaît. Dans la rumeur des syllabes, il y aura du silence et du désorienté, sans doute un peu d'absence et de l'étrangeté.
Et nous irons ensemble dans tout ce que je tais.
Entre ceux-là et les autres, il y aura ma manière de m'adresser à toi.
Et dans trente ans peut-être ou dans cet autre espace où le miroir sans tain de la mémoire incline l'oubli des souvenirs, j'oscillerai la tête en disant : J'ai oublié, celui à qui je pense. Tout le temps.
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26.01.2008
Le miroir de Marie
Un jour mon prince viendra... un jour il me dira...
Marie se connecte. Clic. Marie clique la petite fenêtre de ses rêves noctambules. Nuit papillon aux ailes mordorées. Installation dans un lieu où le temps n'a plus d'importance... où l'aube se lève, à chaque instant. Marie survole. Coup d'oeil sur les stats : 32 visites aujourd'hui... hum... Frénétique, elle consulte le grand catalogue des nouveaux inscrits. C'est un rituel : ne rien laisser passer. Marie s'arrête un instant. Sourit. Mythique ! murmure-t-elle. Continue à dérouler, détaille. Il manque la petite lueur dans les yeux.
Marie dit : oui, celui-là ! À tire-d'aile, file lire la fiche descriptive : 1 mètre 71. Zut ! Dommage.
Elle allume une cigarette. Souffle doucement ses petites volutes blanches sur la nouvelle image qui apparaît à l'écran. Marie lit sans lire, comme perdue dans le brouhaha de la foule, le coude appuyé sur la table de bois qui lui sert de bureau. Sa main droite caresse la souris et, dans le ronron de la nuit, une voix, une parole lui fait tendre l'oreille. Marie se redresse. Une fiche sans photo. Juste un pseudo et quelques mots. De toute façon pense t-elle, une image n'est qu'une image. Il manquera toujours le regard et les mimiques et les tortillements.
Un jour il me dira... ses mots d'amour si troublant et tendre... que j'aurais tant plaisir à entendre...
« Je, n'est que le jeu de lui-même »... Quelle phrase énigmatique. Ça me plaît ! Il est en ligne... si je clique, il le verra... qu'il vienne, je l'attends.
Qu'il vienne, je l'attends... Craintive et coeur battant...
Dans le petit encart, à droite de l'écran, un message apparaît. Une invitation au pays de l'imaginaire, Peter souhaite discuter. Marie se fige quelques secondes, s'installe toute droite dans son fauteuil et d'un geste déterminé, ouvre le forum de discussion. Les mots dansent... elle pianote. Le blanc de l'espace tout à coup. Et tous ces possibles. L'ombre est glissante. S'immisce peu à peu. Marie se focalise et tente de donner une impulsion au vide. Ses mots font la courte échelle à ceux de Peter. Fragile petite fée désespérée de déchirer les voiles. Tous ces gens partis d'ailleurs, avec l'intime espoir que c'est ici que ça se passe. Et Marie, comme toujours, en instance de départ parce que les mots se dérobent. Ça vient de là, les mots. Ça vient du vertige. De lui, ça vient de lui ce mot d'entre-d'eux, ce blanc et cet espace à remplir, c'est de lui qu'il lui faut partir pour trouver l'équilibre.
Le mot est un doute, écrit-il. Et elle, Marie, elle n'a plus le temps de réfléchir. Ils ont pris la cadence à présent, les mots dansent, s'installent et se figent et le forum a ceci de maléfique et de magique à la fois : la rature n'existe pas.
Oui, le mot est un doute. L'espace aussi est un doute parce que j'entends les petits grelots de votre rire, ça cogne dans ma tête, ça persiste, ça fait un pied de nez aux certitudes que je n'ai pas, il suffit du bruissement du mot libellule pour que ça s'affole et qu'il y ai la nuance, le blanc pas tout à fait blanc, le tangible. L'accident.
La rupture et la ligne de fuite... répond-il. L'inouï aussi, qui s'inscrit au fur et à mesure entre les mots et à la fin il me faudra cet autre qui n'existe pas pour l'instant mais qui ne demande qu'à. Si vous le désirez. Si l'insu trouve sa place.
Peut-être faudrait t-il que ça s'impose à moi répond Marie.
Clic. Enter.
Il orchestre le rythme. Il chemine dans l'innommable. Il roule dans l'obstruant paysage. Marie entend sa masse sonore et incessante. Clic. Enter. Et ce cheminement dans l'innommable est l'indice de l'évènement.
Pendant ce temps, le temps passe et s'écoule. Parfois le mot se rétrécie, perd son souffle, se recroqueville. Alors, pour qu'il se rapproche, elle en invente d'autres, tente de créer la proximité, de suspendre encore un peu le temps à ses lèvres malgré le défilement des secondes, de libérer la tension, d'inscrire l'histoire dans ce non-lieu. Et dans ce temps de l'arrêt, Marie la reconstitue pour tenter de mieux la comprendre et résoudre l'énigme de ces phrases totalement désillusionnées bien qu'elles semblent chercher une forme d'absolu.
Le récit se fragmente d'abondantes paroles implicites. Une sorte d'idéalisme déçu avec pour seule sélection, les caprices de la mémoire.
Ce soir, c'est Peter qui est la cause du chamboulement. Ce n'est pas tous les soirs que ça arrive un chamboulement aussi profond. Peut-être finira t-elle par abdiquer. Peut-être cessera-t-elle de basculer, toujours, d'une histoire à une autre.
Un jour mon Prince viendra... Dans ses bras alors un beau rêve enchanteur... deviendra réalité...
Je cherche une fée clochette... la phrase d'appel de Peter, résonne dans la tête de Marie.
Elle reprend sa respiration. La fumée de la cigarette qu'elle vient d'allumer lui pique les yeux. Le cendrier déborde de mégots éteints. Elle se lève. Ouvre la fenêtre. Jette un coup d'oeil à sa montre. Deux heures et quart. Il faut qu'elle dorme à présent. Le charme est rompu. Il cherche UNE fée clochette.
Marie creuse un pan de regard sur les rayures du passé, les ressacs d'images anonymes, les impossibles rencontres qui alimentent les songes, cette fabrique à songes, sur les histoires qui se succèdent pour réparer la déroute des pas hasardeux. Une sorte de dilution dans l'autre pour le figer, le tuer, l'assassiner, clôturer l'espace de ses mondes aériens.
Marie pose ses doigts endoloris sur le clavier. Observe son reflet dans le miroir opaque. Miroir, mon beau miroir... écoute moi te dire les ombres des réponses, des réponses aux questions que tu n'as pas posées. Ses traits sont tirés. Ses cheveux défaits. Ce n'est plus l'autre qu'elle voit. Dans le miroir, il n'y a qu'elle. Son double, une illusion. Illusoire Marie.
Le petit curseur noir défile sur l'écran faisant naître l'ultime phrase. Celle qui mettra un terme à l'histoire.
Il était une fois, un royaume virtuel qui délitait l'enfance ; une nature qui se fanait d'un paradis perdu. Entre deux mots, il n'y avait rien que du blanc et un épais silence. Ça partait d'un mot et ça régressait. Et toujours, dans cette immensité, dans la rumeur des syllabes, ça n'allait nulle part.
Ainsi s'achèvent les récits des temps modernes. Entre deux maux, chaque nuit, il y a des fées qui meurent, de leur enfermement.
14:30 Publié dans et disséminations | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note
02.01.2008
2008

A celui qui écrit / A celle qui parle / A ceux qui écoutent /
A ceux qui se taisent / A celle qui accueille / A celui qui attend /
A ceux qui transmettent / A celle qui accompagne...
A vous tous, mes amis, je vous souhaite des rêves à n'en plus finir et l'envie furieuse d'en réaliser quelques-uns...
15:25 Publié dans Bribes | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note


